08/01/2013 – La Huaca de la Luna

En cette matinée du mardi 8 janvier Margot vient frapper à notre porte. Elle nous explique qu’elle avait convenu avec des amies de sa fille de les loger quand elles viendraient à Huanchaco et, la dernière nouvelle, elles arrivent aujourd’hui : nous devons donc libérer les chambres. Elle en est désolée mais elle avait fait une promesse…

Ne paniquons pas. Nous avions prévu quelque chose pour aujourd’hui (pas de chercher un hostel…), nous changeons un petit peu notre plan : nous nous arrangeons avec elle pour laisser tout comme ça le temps de notre escapade et lui disons que nous déménagerons quand nous rentrerons dans l’après-midi.

Direction le site archéologique de la Huaca de la Luna de l’autre coté de la ville de Trujillo…

Nous allons premièrement visiter le musée. Ce site était la capitale de la culture Moche (que nous croisons de nouveau – cf. 27/12/2012 – El Señor de Sipán) entre le premier et le huitième siècle après J.C. La cité était située entre deux immenses édifices d’adobe : la Huaca del Sol et la Huaca de la Luna.

Alors que la première est considérée comme un centre politique regroupant l’élite du pouvoir Moche, la seconde était un centre religieux. La civilisation Moche, adepte du sacrifice humain (à la mort d’un personnage important de la société pour l’accompagner dans la tombe mais aussi en tant qu’offrande pour les dieux) pratiquait ici un rituel un peu spécial.

Les hommes de la classe guerrière de la société se livraient entre eux à des combats rituels non mortels. Les vaincus étaient faits prisonniers, désarmés et déshabillés, attachés par le cou pour défiler depuis le terrain des combats jusqu’à la Huaca de la Luna, préparés pour la cérémonie (endoctrinement par les chamans, absorption de substances hallucinogènes à base de cactus San Pedro – ce cactus est encore employé de nos jours, il est préparé par des chamans et ingéré dans certaines cérémonies et même proposé aux touristes un peu partout…). Enfin ils étaient sacrifiés par égorgement. Le sang versé était récupéré dans une coupe qui était portée jusqu’au temple principal situé en haut de la pyramide pour être offerte au chef religieux qui présidait la cérémonie. Les spectateurs voyaient, d’en bas, cette dernière scène de remise de la coupe qui symbolisait l’offrande au dieu concerné. Les corps des sacrifiés n’étaient pas enterrés mais décharnés et les squelettes servaient lors de danses rituelles pour certaines occasions.

Même si offrir sa vie pour un dieu était un honneur dans ce contexte, ces sacrifices de guerriers étaient pratiqués hors des campagnes de conquête Moche car là, afin de préserver le nombre, les sacrifiés étaient des prisonniers de guerre.

Les sacrifices humains formaient partie des cérémonies de culte aux divinités pour favoriser la fertilité humaine, les bonnes récoltes et maintenir l’abondance d’eau pour l’irrigation des vallées. Ces sacrifices étaient plus fréquents durant les périodes où frappait le phénomène climatique d’El Niño afin que les divinités arrêtent les pluies dévastatrices et inondations. Le risque de déstabilisation de la société Moche à cause d’émeutes ou de famines dues à ces changements climatiques créait une situation de crise sociale qui pouvait seulement être freinée par une réponse des chefs religieux sous forme de sacrifices humains.
Parmi les divinités anthropomorphes flattées ou consolées par ces sacrifices nous retrouvons Ai Apaec,  le dieu principal, “le dieu coupeur de têtes”.

Nous avons le droit à une visite guidée de la Huaca de la Luna. Ce monument est, encore une fois, impressionnant !

A première vue il s’agit d’une pyramide en escalier dont le sommet est une plateforme où se situe le temple principal mais, à la vue des travaux de fouilles qui ont été effectués, on se rend compte que ce n’est pas qu’une seule pyramide mais bien six pyramides superposées successivement pendant environ six siècles. Chacune d’entre elles ayant été construite à une époque donnée et recouverte par un autre un peu plus ample à une époque postérieure. Cette édifice est finalement un ensemble de poupées russes où les poupées auraient été remplacées par des pyramides… Le résultat mesure 21 mètres de haut et a une base carrée de 87 mètres de coté.
Les fouilles (menées par les archéologues mais aussi par les pilleurs dont les plus anciens sont les conquistadors espagnols qui cherchaient de l’or) ont permis de mettre à jour des parties des niveaux inférieurs, ainsi il est possible d’apercevoir jusqu’au niveau trois (le troisième plus ancien) en remontant le temps. Il est impossible d’aller voir plus profond car des parties de l’édifice, construit entièrement en briques d’adobe, s’effondreraient.

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Retour dans le temps en explorant les niveaux inférieurs de la Huaca de la Luna

Certains murs ont été décorés de peintures en relief représentant Ai Apaec (dans le style mochica : quatre couleurs – blanc, noir, rouge, jaune) et il est intéressant de voir l’évolution du dessin au fil du temps en voyant la représentation de la même divinité sur les mêmes murs des niveaux inférieurs.
Une des parties les plus spectaculaires de la Huaca de la Luna est la façade surplombée par le temple principal. Toute la hauteur de la façade est décorée par des frises en relief représentant les combats rituels, le défilé des prisonniers, les divinités… A certains endroits on aperçoit la façade du niveau de construction antérieur, les frises sont également présentes, les représentations sont les mêmes mais les dessins changent.

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Ai Apaec le dieu coupeur de têtes : encore et toujours lui !

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La façade aux frises

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C’est ici que les foules attendaient, les regards dirigés vers le sommet, de voir apparaître la coupe remplie de sang exhibée par leur chef – l’apothéose du sacrifice

A environ 500 mètres de la Huaca de la Luna se trouve la Huaca del Sol. Cette autre pyramide est bien plus grande avec ses 43 mètres de hauteur et 228 mètres de longueur mais elle n’a, pour le moment, pas été étudiée par manque de moyens pour entreprendre les fouilles archéologiques.

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La Huaca del Sol – encore une bonne raison de revenir au Pérou dans quelques années pour voir les trésors qu’elle renferme…

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Le symbole de nos adieux à la culture Moche

Après cette superbe visite, bouche bée par ce que nous venons de voir et ces histoires intrigantes de sacrifices humains, nous revenons à Huanchaco. Bel part à la recherche d’un hostel pendant qu’on range les affaires avec Juli. Nous saluons et remercions Margot (qui refusera qu’on la paye pour l’hébergement malgré le fait que nous n’ayons rien fait en rapport au volontariat prévu – par faute d’outils…), nous saluons Alex puis nous déménageons. Nous passons notre dernière nuit à Huanchaco puis nous prenons la route. Après un bon moment sur la côte nous retournons dans la sierra…

Tony
Huanchaco, La Libertad, Peru

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