27/12/2012 – El Señor de Sipán

Jeudi 27 décembre nous prenons la route. Nous longeons la côte en direction du sud et nous arrivons à Lambayeque, à quelques kilomètres de Chiclayo (la quatrième plus grande ville du Pérou avec 740 000 habitants – autant dire qu’on préfère s’installer dans la petite ville d’à coté). On ne peut pas dire que ce soit très joli par ici mais nous ne sommes pas là pour le paysage. Cette petite ville grise et toute en travaux recèle un des plus grands trésors du Pérou dans un des musées les plus riches (sinon le plus riche) et impressionnants du pays : le Musée des Tombes Royales de Sipán que nous visitons ce vendredi.

Ce musée est dédié aux trouvailles issues de la Huaca Rajada, une pyramide d’adobe (briques de terre séchée) construite par la civilisation Moche (200 à 700-800 après J.C.) – une des cultures pré-hispaniques les plus importantes du Pérou. Sa découverte, à quelques kilomètres de là, en 1987 est considérée comme la découverte archéologique la plus importante au Pérou après celle du Machu Picchu en 1911. Pendant les fouilles ont été découvertes des dizaines de tombes (qui, par miracle, n’avaient pas été profanées), réparties sur plusieurs niveaux selon la période. Plusieurs générations de personnalités importantes de la culture Moche ont été enterrées dans ce mausolée géant. Dans le musée nous retrouvons le contenu des trois tombeaux les plus richement remplis trouvés dans la Huaca Rajada.

Parmi ces trois tombes, la plus impressionnante est celle du Señor de Sipán : un gouverneur guerrier qui a régné sur la culture Moche au troisième siècle après J.C. Une coutume très répandue chez certaines cultures précolombiennes est d’enterrer avec le mort tout ce dont il a besoin pour continuer sa vie dans l’au-delà, tout en gardant son niveau social, ses obligations et ses privilèges. C’est à dire que plus le défunt était important, plus le tombeau était fourni – les riches et puissants le restaient dans la mort. C’est ainsi que ce “roi” fut enterré avec toute sa garde robe, ses armes, ses bijoux, de la nourriture (dont des lamas sacrifiés, des fruits, des légumes, de la chicha – boisson à base de maïs fermenté), des offrandes (objets en céramique)… Il fut également accompagné dans la mort par une escorte – tous sacrifiés à la mort du gouverneur : ses femmes (mieux valait qu’elles prennent soin de leur mari…), un soldat, des enfants et les gardiens de la tombe (aux pieds coupés afin qu’ils restent en poste pour l’éternité).

En plus du Señor de Sipán, le musée expose les objets trouvés dans deux autres tombeaux : celui du Prêtre (personnage religieux important) et du Vieux Señor de Sipán (d’après les tests ADN il s’agit d’un membre de la famille du Señor lui-même, plus ancien de quatre générations, surement un gouverneur antérieur). Ces deux tombeaux (un peu moins “luxueux” que le premier) contiennent également toute sorte d’objets accompagnant le défunt ainsi que les dépouilles des sacrifiés.

Le musée contient tous les objets trouvés ainsi que des reconstitutions des tombeaux et les momies des trois “protagonistes”, il ne faut pas moins de trois étages pour exposer tout ça !
Des centaines de bijoux et ornements en or, en argent et toute autre matière précieuse qui était utilisée à l’époque : des couronnes, des masques funéraires, des boucles d’oreilles, des bijoux-pendentifs de narines, des toisons pectorales et des colliers en coquillage (le spondylus, très répandu dans les eaux chaudes du Golfe de Guayaquil en Equateur)…
Les représentants de l’élite avaient pour habitude de se faire percer les oreilles et d’élargir les trous en passant dedans des boucles d’oreilles aux diamètres de plus en plus important au fil de la croissance, ceci était un signe de leur haut rang social. Les incas (par exemple) avaient la même coutume, de plus ils utilisaient une technique pour déformer – peu à peu, à partir de l’enfance – le crâne des personnages de l’élite, là encore dans le but de montrer le haut niveau social.
Les nombreuses représentations présentes sur les bijoux et ornements sont des dieux ou des scènes montrant la proximité du gouverneur avec les divinités. Ces scènes de proximité divine et les apparitions du Señor avec son “costume” d’apparat devaient inspirer crainte et respect.

Entre la richesse et la beauté des pièces exposées (d’une valeur inestimable), les momies de ces personnages presque mythiques et immortels (puisque enterrés avec tout ce qu’ils avaient besoin pour poursuivre leur vie) et la quantité d’informations historiques, nous sortons du musée à la fois abasourdis, fascinés et émerveillés mais malheureusement sans avoir pu prendre une seule photo car les photos sont interdites à l’intérieur (même sans flash)…

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Le musée Tumbas Reales del Señor de Sipán à Lambayeque

Petite aparté sur l’art mochica (l’art Moche)…

Les céramiques était l’art le plus populaire on dirait, vu le nombre de pièces retrouvées. Elles sont sculptées, gravées et peintes, représentant l’environnement et la manière de vivre des moches : animaux, légumes, fruits, mais aussi des scènes de la vie quotidienne comme les différentes professions, les différents personnages de la société, des visages et jusqu’aux scènes érotiques… Les céramiques étaient plus utilisées comme offrandes (lors de cérémonies religieuses ou d’enterrements) que comme ustensiles de la vie courante. De par leur utilité, l’attention portée à l’élaboration des pièces fait de la céramique mochica un art très raffiné avec un style propre : le sens du détail, la simplicité des couleurs utilisées (quatre au maximum : rouge, noir, blanc, jaune), la manière de faire ressortir les expressions des visages et un certain humour (volontaire ou non…).
Toutes les civilisations précolombiennes produisaient des céramiques, plus ou moins artistiques ou plus ou moins utilitaires (celles des cultures Moche et Paracas par exemple sont des plus raffinées, les incas au contraire s’en servaient plus comme ustensiles de la vie de tous les jours, ce qui donne des objets beaucoup moins élaborés).

Les bijoux en or, en argent, en cuivre et en pierres précieuses sont évidement fascinants. Là encore on retrouve la précision, l’ingéniosité et le soucis du détail dans la maîtrise du travail du métal et de la pierre (pour la fabrication d’une pièce les artisans n’hésitaient pas à mélanger les métaux tout en y incluant des pierres). Ces objets sont surtout destinés à l’élite de la société et arborent des représentations divines (dont le dieu principal est Ai Apaec “le coupeur de têtes”). Ces dieux sont tous des êtres dont la physionomie mélange les traits humains avec ceux des animaux (comme chez la culture Chavín – cf. 11/12/2012 – Chavín de Huantar).

Les peintures et gravures représentent en général des scènes divines ou des scènes de la vie religieuse, politique et guerrière de la société. Les lignes, les dieux effrayants et les personnages déguisés (les costumes et les accessoires représentent la profession ou le statut) donnent un style bien particulier à ces dessins bicolores (en général rouge-ocre sur fond blanc).

Avec Bel nous sommes tombés amoureux de cet art pré-inca, surtout pour le style des céramiques et des dessins. Nous aurions bien acheté, ici ou ailleurs – car les moches nous les recroiserons – aux artisans locaux quelques céramiques réalisées dans la tradition mochica (et oui car au Pérou les traditions et les techniques ne se sont pas perdues malgré les siècles) mais on s’est dit qu’elles risquaient de se casser pendant la suite de notre voyage…

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Céramiques mochicas originales (issues d’internet car les photos sont interdites dans le musée – sources : forosperu.net et perufolklorico.blogspot.com)

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Représentation typique dans le style Moche : des musiciens jouant de la zampoña (flûte de pan)

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Ai Apaec le dieu coupeur de têtes – Une divinité zoomorphe

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Le coin des artisans : ici le tissage du coton d’après une technique millénaire

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Tony
Lambayeque, Lambayeque, Peru

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2 pensamientos en “27/12/2012 – El Señor de Sipán

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